Charbonne d’Aimée Barbera aux éditions Phebus.
Incipit
Cauchy, Hauts de France, l’ancienne mine de charbon fermée il y a 50 ans, à la suite d’un coup de grisou qui a coûté la vie à 50 mineurs, est devenue un musée. C’est là que travaille Frédérique, la fille d’un mineur-poète, décédé lors de la catastrophe, alors qu’elle n’était pas encore née. Elle est chargée d’organiser les commémorations du 50e anniversaire du drame. Pour mettre sur pied le spectacle qui rendra hommage aux mineurs décédés et à leur famille lors des commémorations, elle se lance dans des recherches historiques qui vont remettre en cause la version officielle et bouleverser tout ce en quoi Frédérique croyait jusqu’alors.
Mon avis
En tant que petite-fille de mineur et arrière-petite-fille d’une Ch’ti originaire d’Aubigny-au-Bac, ce livre m’a attirée comme un aimant, il fallait que je le lise !
Dans un style bien différent de celui de mes lectures habituelles, l’auteure nous livre un premier roman intimiste et émouvant, une quête d’identité et de vérité poignante. Frédérique, écrasée par le souvenir d’un père qu’elle n’a jamais connu, qu’elle idéalise, s’efforce depuis toujours de l’honorer pour combler le vide immense de son absence, au point de s’oublier et d’oublier les autres. Sa quête de vérité va ébranler ses certitudes et l’obliger à repenser sa relation avec les autres membres de sa famille. Frédérique est attachante et sa relation avec Léon m’a beaucoup touchée. L’auteure nous décrit, dans un style qui lui appartient, avec beaucoup de justesse et de maîtrise, la mine, le quotidien des mineurs, leurs rituels, mais aussi leurs luttes, la solidarité qui les lie et la vie dans les corons. Elle nous parle également des difficultés de reconversion de certaines régions minières et de l’importance de la transmission d’un savoir-faire. Elle nous enjoint à nous souvenir de ces mines qui ont participé à l’essor économique de nos régions, ont façonné les paysages, mais surtout de ces gueules noires, fiers mais pudiques (mon grand-père n’évoquait jamais le coup de grisou dans lequel il avait perdu un œil) et courageux, qui ont risqué leur vie au quotidien pour descendre dans la fosse. Certains ne sont pas remontés, les autres ont fini par la quitter, le charbon gravé à tout jamais dans le corps et surtout dans les poumons. Aimée Barbera signe un très bon premier roman, en forme d’hommage à ceux qui ont ouvré toute leur vie sous terre, au Nord et à sa gastronomie qui sent bon la tarte au maroilles et la tarte au sucre, et à leurs habitants qui, comme le dit si bien la chanson, ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors.
Si vous cherchez une lecture émotion et aimez les romans immersifs, plongez-vous dans Charbonne et la grisaille des Hauts de France.


