Le vent des secrets d’Amélie Hanser aux éditions City Edition.
Incipit : 1843, en pleine monarchie de Juillet, Constance Druot, fille de riches bourgeois parisiens, rentre du pensionnat. Aussitôt, sa mère se met en quête d’un bon parti pour un mariage arrangé qui garantira à Constance ascension sociale, aisance matérielle et sécurité. Elle jette son dévolu sur Emilien de Caubernet, pharmacien prometteur, petit-fils de la Comtesse de Ferranges. Constance hésite à consentir à ce mariage en raison de la froideur d’Emilien, mais se sacrifie pour les siens lorsqu’elle comprend que son père, impliqué dans un journal clandestin antimonarchiste, est sur le point d’être inquiété et d’avoir de gros ennuis s’il ne bénéficie pas d’une protection haut placée que peut lui apporter la Comtesse de Ferranges. De son côté, Emilien se voit contraint d’accepter cette union compte tenu de la situation financière dans laquelle les frasques de son père, Ernest, ont mis la famille de Caubernet, leurs propriétés étant sur le point d’être saisies. Constance s’ennuie très vite dans ce mariage, face à un homme conservateur, rigide, insensible, incapable d’exprimer la moindre émotion. Lassée d’évoluer dans les cercles conservateurs où les femmes se doivent de taire leurs opinions, de réprimer leurs émotions et de servir de faire-valoir pour favoriser la carrière de leurs époux, Constance se retire dans son domaine du Mâconnais où l’arrivée du nouveau précepteur de son frère, un homme passionné par les arts et la politique, nourri d’idéaux républicains comme elle, risque de faire chavirer son cœur et vaciller ses principes.
Mon avis : Cette fiction historique est captivante, une fois entamée impossible de la lâcher. Les personnages sont terriblement attachants. Constance est une femme moderne, intelligente, cultivée, amoureuse des arts, qui aime exprimer ses opinions et débattre. Malgré ses efforts, elle ne trouve pas sa place dans les cercles conservateurs qu’elle est obligée de fréquenter où tout n’est qu’apparences, cancans, intrigues et ambitions. Malgré son mariage arrangé et leurs caractères diamétralement opposés, Constance fait tout ce qu’elle peut pour gagner l’affection de son mari, être appréciée et aimée de lui, en vain. Constance est attachante et attendrissante, elle est dévouée et prête à tous les sacrifices pour les siens, mais elle est aussi passionnée et persévérante. Emilien n’aime pas l’art, ne croit qu’aux sciences car elles seules peuvent mener au progrès. Pour lui, les passions sont dangereuses parce qu’elles mènent à la brutalité, la violence et au désordre. Le lecteur devine très vite que, sous cette carapace rigide et froide, Emilien demeure un petit garçon blessé par la froideur et le manque d’amour de sa défunte mère, une éducation rigide où seule la maîtrise de ses émotions compte. Il a tellement peur de ressembler à son père qu’il s’interdit de céder à la passion même amoureuse. Même si le lecteur a souvent envie de le secouer et de lui distribuer quelques claques, Emilien est un personnage attendrissant qui, bien qu’il ne veuille se l’avouer, aime profondément sa femme et sa fille. Il est aussi déterminé et opiniâtre dans son combat pour voir les conditions de travail des ouvriers s’améliorer. Il n’a de cesse de prouver que le phosphore blanc utilisé dans la fabrication des allumettes est nocif pour les ouvriers qui y sont exposés, quitte à mettre en péril sa carrière et son ascension professionnelle. La plume fluide et légère d’Amélie Hanser nous offre une fiction historique très bien documentée. Le lecteur a vraiment l’impression d’évoluer dans le Paris de l’époque et de vivre avec Constance et Emilien la Révolution de Février. Elle décrit avec justesse les conditions de vie et de travail misérables des ouvriers, le carcan sociétal dans lequel évoluent les femmes où elles sont réduites au rôle de faire-valoir au service des ambitions de leurs époux et les tensions politiques entre conservateurs, monarchistes, libéraux et républicains.
Si vous cherchez une fiction historique bien documentée, des personnages forts et attachants et une lecture captivante qui vous propulse dans un autre espace-temps, foncez vous procurer le Vent des secrets d’Amélie Hanser.
Extraits : « Votre père illustre parfaitement l’idée que les hommes issus du peuple ont un long chemin à parcourir avant d’être capables de prendre des décisions pour l’avenir de la France. Vous, les bourgeois, vous êtes avides. Vous avez obtenu le droit de vote avec votre révolution sanguinaire, le Roi a même réduit la limite du cens pour ouvrir le suffrage à plus de monde. Mais non, vous en voulez toujours plus. Maintenant, il faudrait encore demander à la masse inculte et si aisément manipulable son avis ? »
« Elle observait les insurgés avec indifférence. Leur réussite ou leur échec ne lui importaient pas le moins du monde. Quel que puisse être le résultat, sa vie ne changerait pas. La bonne société resterait la même, les perdants rallieraient les vainqueurs dans une remarquable amnésie. Même si le suffrage universel passait, elle en serait exclue, en tant que femme. Pas si universel que cela, finalement. »


