La fille de la résistance de Marie Laubry aux éditions City Editions.
Incipit : 2002, Caroline, journaliste, aide sa mère à trier les affaires de sa grand-mère Hélène récemment décédée. Dans un livre posé sur la table de chevet, elle découvre une vieille lettre d’amour datant de la Seconde Guerre mondiale adressée à sa grand-mère par un mystérieux « E. » qui n’est pas son grand-père. Intriguée, elle interroge sa mère qui se ferme comme une huître et prétend qu’il s’agit d’une amourette qui date d’avant le mariage de ses parents. Loin d’être convaincue par l’explication de sa mère, Caroline décide d’enquêter pour découvrir l’identité de cet énigmatique « E. » et, ce faisant, va exhumer un secret que sa famille s’évertue à cacher depuis près de 60 ans. Elle remonte le fil de l’histoire jusqu’en octobre 1940 où Hélène, alors élève à la Sorbonne, va fonder avec trois de ses camarades un journal estudiantin clandestin, L’Etudiant patriote. Mais la France bascule dans la collaboration, la répression fait rage et défier l’Occupant n’est pas sans danger.
Mon avis: Cette fiction historique à double temporalité alterne narration au présent (2002) avec les recherches de Caroline et la narration au passé avec la vie d’Hélène à Paris sous l’Occupation. L’auteure décrit avec justesse Paris sous l’Occupation, elle recrée avec brio l’atmosphère de l’époque, le climat de peur, de suspicion, de privations et de répression. Elle nous parle de la résistance estudiantine, un sujet qu’elle maîtrise, et rend un vibrant hommage à ceux qui ont choisi de résister non pas par les armes mais, plus symboliquement, avec des mots. La plume agréable et fluide de l’auteure nous raconte une histoire de famille et son lourd secret que le lecteur devine rapidement, mais aussi les amours impossibles d’Hélène et les dilemmes moraux qu’elles engendrent. L’environnement dans lequel Mary Laubry fait évoluer ses personnages est tout sauf manichéen : tous les Français ne sont pas des héros et tous les Allemands ne sont pas des salauds. Erich, professeur de français dans le civil, propulsé malgré lui dans une guerre qu’il désapprouve, inspire plus de sympathie que certains Français, collabos, délateurs, pilleurs de logements abandonnés par leurs occupants raflés. Hélène et ses copains de lutte sont attachants et émouvants, pétris d’idéalisme, prêts à se battre pour leurs convictions et leurs idées, en prenant des risques qu’ils ne mesurent pas toujours. Certains paieront de leur vie cette témérité insouciante de la jeunesse. Même si j’ai rapidement deviné le secret, j’ai été happée par la narration au passé, pressée de découvrir le sort réservé à Hélène, tiraillée entre son engagement, sa haine de l’occupant et son amour impossible, et à ses camarades de lutte. J’ai moins apprécié la narration au présent en raison du caractère de Caroline. Obnubilée par sa quête, elle veut découvrir la vérité à tout prix, quitte à se comporter en véritable bulldozer. Sa persévérance confine à l’acharnement et lui fait perdre toute empathie que ce soit avec ce pauvre David Goldenstein ou avec sa propre mère et finit par la rendre antipathique. Il m’a fallu attendre l’épilogue pour me réconcilier avec le personnage. L’auteure aborde également le sort réservé aux femmes qui se sont compromises avec l’ennemi, quelle qu’en soit la raison : opportunisme, nécessité ou amour sincère. Elle nous rappelle que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas et que l’amour ne connaît ni frontières, ni religion, ni nationalité. Certains passages m’ont émue aux larmes notamment l’adieu des étudiants au professeur Bloom, fusillé sur le mont Valérien, ou l’épilogue au cimetière de Recogne.
En un mot comme en cent, cette fiction historique bien documentée est une lecture plaisante et un premier roman plus que réussi pour Marie Laubry dont on espère qu’elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin et nous offrira bientôt un deuxième roman. Si vous aimez les fictions historiques, les secrets de famille et si vous aimez découvrir de nouveaux auteurs, La fille de la résistance est un livre pour vous.


