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La saison des mûres d’Ulrika Lagerlöf

La saison des mûres d’Ulrika Lagerlöf aux éditions Buchet Chastel.

 

Ceux qui me connaissent savent que j’adore les langues et la culture scandinaves, ayant eu la chance d’étudier le suédois pendant 4 ans. C’est donc tout naturellement que la traduction française du premier tome de la saga à succès en Suède, intitulée Les Filles de la forêt (Timmerfolk en suédois), est tombée entre mes mains. Et j’ai adoré, j’ai été littéralement transportée dans le Grand Nord.

Incipit : 1933, Siv, 13 ans, doit arrêter l’école et abandonner ses rêves de devenir institutrice pour travailler comme domestique pour compléter les modestes revenus de ses parents. En 1937, alors qu’elle a 17 ans, son père la fait embaucher comme cuisinière sur un chantier forestier dans le nord de la Suède, à Djupsele. Là, dans une cabane isolée, elle va vivre pendant les quatre mois de la saison d’abattage des arbres, en totale promiscuité, avec un groupe de 10 bûcherons. Malgré des débuts difficiles et des conditions de vie rudes, à force de détermination et de courage, elle va forcer le respect de ces hommes parfois bourrus, découvrir l’indépendance, la liberté, la vie en pleine nature et l’amour.

2022, Eva, 48 ans, employée d’une entreprise forestière, est envoyée à Djupsele, le village de ses grands-parents où elle a passé tous ses étés jusqu’à ses 18 ans et où elle n’a plus remis les pieds depuis la mort de son grand-père, pour désamorcer une crise liée au déboisement controversé d’une parcelle de forêt. Revoir Mattias, son premier amour, et retrouver les lieux familiers de son enfance vont provoquer en elle un maelström d’émotions contradictoires. Contre toute attente, le séjour qui se voulait initialement bref se prolonge. Eva, poussée par sa curiosité et taraudée par les questions sans réponse liées à son histoire familiale, fouille dans le passé de ses grands-parents et va mettre au jour le secret enfoui par sa grand-mère au cœur des forêts du Norrland et la vérité sur ses origines.

Mon avis : Ce premier volet de la saga familiale Les filles de la forêt alterne les époques et nous livre deux portraits de femmes et deux trajectoires. Les personnages sont véritablement attachants, le lecteur assiste à la métamorphose de Siv,  jeune fille timide, timorée et gauche, qui, tel un papillon sortant du cocon, déploie ses ailes et devient une jeune femme forte, indépendante, qui s’affirme et ose aimer librement. Elle ne pourra malheureusement pas suivre les élans de son cœur par peur de l’opprobre et du rejet de siens et de la société de l’époque mais, tout en rentrant dans le rang, elle conservera l’envie de réaliser ses rêves. Eva, tiraillée entre les exigences de son employeur et son éthique, va faire ce qui est juste : tenter de préserver ce bout de forêt. Elle aussi finira par suivre les élans de son cœur et renouer avec son premier amour. Les deux personnages masculins principaux sont également attachants tout en possédant des caractères diamétralement opposés. John, la force tranquille, prêt à tout pour l’amour de Siv et Nila, jeune Same, passionné, révolté de voir disparaître peu à peu le mode de vie de son peuple et déterminé à se battre pour les droits et les terres des Lapons des forêts. Sous la plume poétique de l’auteure, la nature rude et sauvage du Grand Nord ne se limite pas à servir de toile de fond à cette fresque familiale, elle devient un personnage à part entière, elle magnifie les émotions et les passions. A travers sa saga, Ulrika Lagerlöf nous parle de la famille, des liens parfois complexes qui unissent ses membres, des secrets enfouis qui ne demandent qu’à être exhumés et de l’importance de connaître ses origines pour comprendre qui nous sommes vraiment. Avec son style léger et poétique, l’auteure nous offre également une réflexion sur des sujets plus graves. Elle nous parle des oppositions entre les descendants des pionniers et les Lapons des forêts, entre deux modes de vie, l’un sédentaire basé sur l’exploitation des ressources naturelles, l’autre nomade, en symbiose avec la nature dont dépend sa survie, de la confiscation des terres ancestrales sames au profit des pionniers suédois et de l’assimilation à marche forcée de ce peuple contraint d’abandonner ses terres, l’élevage des rennes et sa culture. L’auteure nous livre également une réflexion sur l’exploitation forestière où s’affrontent deux conceptions, l’une économique sous couvert de la durabilité du bois et l’autre écologique qui promeut des abattages raisonnés préservant les espèces et la biodiversité.

Plus qu’une fresque familiale, ce roman est une douce immersion poétique dans la nature souvent recouverte de son manteau blanc immaculé, une invitation à l’introspection et une ode à la nature et à la vie sauvage. Un véritable appel du Grand Nord où les mûres des marais ont un goût de Madeleine de Proust.

La saison des mûres (titre original suédois Hjortronmyren) est le premier tome de la trilogie Les Filles de la forêt (Timmerfolk). Les deuxième et troisième tomes, intitulés « La saison du feu » (Blekjordon) et « La saison du cœur »(Kärnveden), paraîtront respectivement en octobre 2026 et en avril 2027.

Si vous aimez les fresques familiales, les secrets, la nature et la vie dans le Grand Nord, foncez vous procurer La saison des mûres pour passer un moment suspendu au cœur des forêts du Norrland et plein de poésie avec les Filles des forêts.

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